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La TDS de deux alphaltiens (P.Le Gac et J.Martel)

*******************************************Philippe Le Gac*******************************************

Préambule
Fin 2021, après une année de course « post-Covid », ou j’avais peu de bonnes sensations en course,
je me suis aperçu que j’avais encore les fameux points UTMB, qui me permettaient de participer à la
TDS ou la CCC en 2022 ;
Je décide de m’inscrire, discrètement, (Brigitte mon épouse n’était pas au courant …) en me disant
que, je ferai un bilan fin juin début juillet pour savoir si je confirmais ou non cette participation. Au fil
des mois et des courses (Le Dernier Homme Debout à Sens, le trail d’Auffargis, le stage dans les
Pyrénées et surtout la X-Traversée à Verbier en Suisse (76 km et 5300 m de dénivelée positive) je suis
rassuré sur ma capacité à me lancer sur cette épreuve très dure.

La course
Arrivée à Chamonix le dimanche 21 aout pour un départ à Courmayeur le lundi soir à minuit.

Remise du dossard le lundi matin et retrouvailles avec Julien et Coralie pour la photo traditionnelle
devant la ligne d’arrivée – Place du Triangle de l’Amitié. Endroit maintenant connu de la terre
entière.
Après un déjeuner « plat de pâtes », en début d’après-midi, j’envisage une sieste en raison des
prochaines nuits qui seront aussi blanches que les sommets que nous distinguons depuis les rues de
Chamonix. Bien évidemment je n’arrive pas à m’assoupir (un grand classique pour moi).
Préparation du sac et dîner dans Chamonix avant de rejoindre vers 21h00, Julien et Coralie au
parking du Grépon , lieu de départ des bus pour Courmayeur . Nous avions décidé de prendre cette
solution plutôt que de nous aventurer en voiture dans le tunnel du Mont-blanc (risque
d’embouteillage, prix du passage, moins de stress)
Descente du bus et premier problème : mon téléphone portable – obligatoire pour la course – tombe
en rade ; Impossible de l’éteindre ou de l’allumer ; finalement après quelques frissons, il se remet en
route. Ouf…
Positionnement avec Julien sur la ligne de départ (déjà bien encombrée) pour un démarrage à
minuit. Derniers encouragements en sachant que l’on ne se reverra pas, Julien étant beaucoup plus
rapide que moi.
Comme à Verbier, début juillet, je décide de courir aux sensations, sans me mettre dans le rouge dès
le début ; Musique de départ de Colplay , émotions et c’est parti . Surpris par la vitesse des coureurs
dans les rues de Courmayeur ; Première ascension jusqu’à la Maison Checrouit , premier pointage et
première erreur : pour éviter d’avoir froid , je mets une seconde couche ce qui me prends 5 bonnes
minutes . Un flot de coureurs me dépasse et s’arrête en raison d’un bouchon qui s’est créé juste
après ; ce qui me fait perdre au total entre 15 et 20 mn. Mauvaise opération pour moi … Le peloton
repart. Nous arrivons à l’arête du Mont Favre puis le lac Combal (très connus des coureurs de
l’UTMB) et nous nous engageons vers le Col Chavannes (inconnu pour moi) ou pendant l’ascension il
y a plusieurs bouchons puis vers le Col du Petit St Bernard que j’atteins après le lever du jour. Il fait
froid (6 °) peu de soleil. Ravito au sommet, puis la descente vers Bourg St Maurice. Je fais quelques
centaines de mètres et je me rends compte qu’il y a quelque chose qui ne va pas mais quoi ? : J’ai
oublié mes bâtons au ravito ! Demi-tour, jurons … et re-descente . Le soleil apparait et apporte une
énergie pendant cette longue descente. On découvre Bourg-St Maurice et au-dessus on devine La
Plagne , les Arcs , Montchavin -Les Coches et Val d’Isère . J’arrive en bas de la vallée, sans savoir où se
trouve le ravitaillement (il faudra traverser toute la ville) . Discussion avec un autre coureur sur notre
vitesse ( 4, 9 Km/h de moyenne sur les 50 premiers km . Pas mal) : Finalement en arrivant au ravito à
10h15 je n’ai que 45 mn avant la barrière horaire. Pas terrible. Je m’alimente le plus vite possible, j’ai
du mal à manger des aliments solides, je me change (tenue blanche), il fait chaud et je repars dans
l’ascension du fort de la Platte. Remplissage maximum en eau à une fontaine et très grosse
ascension. Je considère que je suis bien car je mène un groupe (personne ne me double) et au fil de
l’ascension beaucoup de coureurs se mettent sur le coté pour reprendre un second souffle. Pas moi ;
Je saurai plus tard que j’ai repris 175 places sur cette portion ;
Arrivés en haut, les coureurs sont bien fatigués, assoiffés, voire même malades (les secours sont à
pied d’œuvre). Après l’absorption d’un Orangina bien frais, je repars vers le Passeur de Pralognan
connu pour sa dangerosité (un accident mortel s’y est produit l’an dernier). En effet, l’endroit est
impressionnant, renforcé par la présence de bénévoles « Sécurité », très sympathiques, qui
surveillent de près ce peloton très étiré. Descente vers le Cormet de Roselend puis vers la Gittaz . Pas
de bonnes sensations ; je pense que je n’ai pas assez mangé. Manque d’énergie.

J’arrive au refuge de la Gittaz et j’aperçois le responsable du magasin « Athlé Running » de
Vincennes. Il est avec d’autres coureurs, déjà finishers de la TDS, UTMB et Diagonale des Fous, et
veulent tous abandonner …Discussion. Finalement, ils repartent tous et je me joins à ce groupe en
direction de Beaufort situé à 18 km. Il est 19h30 à la Gittaz et la barrière horaire de beaufort est à 3h
du matin. Jouable pour moi. Je vise d’arriver à 1h du matin pour dormir et bien m’alimenter
Très grosse ascension, très beau coucher de soleil sur les chaines des Alpes.
Au sommet de l’ascension, point « entre 2 Nant », la nuit est tombée et le groupe s’éclate dans la
descente qui s’avérera très technique et interminable. Au début, c’est un vrai chantier, des cailloux,
rochers qu’il faut escalader ou contourner au gré des repères lumineux qui tracent notre chemin.
J’allume mon portable ; Brigitte m’appelle alors. Elle se trouve avec Coralie à Beaufort pour voir
Julien arrivé vers 21h00 … mais qui a abandonné. Mauvaise nouvelle … Peut être aurais-je préféré ne
pas le savoir ? Le sommeil commence à faire son effet sur moi. J’arrive au pas d’Outray et demande
si je peux dormir ; On m’indique que non et qu’il vaut mieux s’arrêter à Beaufort. Encore 7 Km.
2heures ; Finalement je mettrais 3H30, très longue descente, je ne marchais pas droit, je décide de
m’allonger sur le bas-côté ; 10 mn. Je repars, je rejoins 3 coureurs dont une femme qui est blessée à
la cheville. Je l’interroge en anglais ; On a du mal à se comprendre. Je poursuis dans la nuit mais la
blessée ne suit plus ; Je remonte la pente pour m’assurer qu’elle n’est pas en difficulté ; Je la
retrouve enfin ; Elle me dit que qu’un ami remonte de Beaufort ; Pas de problème . Je ne vois
personne ; et enfin un homme qui part à sa recherche. Je continue ; Toujours pas de Beaufort. Je
trouve un couple qui cherche le bon chemin … Après quelques discussions et quelques kilomètres
nous arrivons enfin à Beaufort. Il me reste une demie-heure pour dormir, manger et repartir.
Impossible. Mes compagnons de route de la Gittaz sont arrivés au ravito mais ont tous abandonnés.
Arrêt aussi pour moi. Forcément déçu. Je rate le bus qui ramène les abandons à Chamonix. 2H 30
d’attente ; Je m’allonge sur un tapis du gymnase et m’écroule. Réveillé par un bénévole qui nous
informe que le car est maintenu revenu de Chamonix. Fin de la course.

Epilogue
Abandonner un ultra-trail entraine peut-être une déception légitime mais ne doit jamais être
considéré comme un échec. Il y a tant de paramètres à gérer : période de préparation sur plusieurs
mois, format de la course, parcours, forme du jour, climat ( chaud – froid) , alimentation , sommeil ,
aléas divers , la chance ou la malchance aussi . Bravo à Julien qui aura l’occasion de terminer cette
course plus tard, et bien d’autres.
La TDS aura été pour moi l’occasion de découvrir des paysages inconnus et notamment le
Beaufortain et aussi de réaliser ma 90 -ème course égale ou supérieure à 42 km (54 trails et 36
marathons sur route ) . Les 54 trails représentant une distance cumulée de 4374 km soit l’équivalent
de 104 marathons.

**********************************************Julien Martel ***************************************************

Début 2022, il est temps de faire le choix de l’ultra estival. 

2 en tête cette année : l’intégrale de l’Echappée Belle et la TDS qui se courent à une semaine d’écart. 

Bien entendu, je n’arrive pas à me décider. Je m’inscris aux deux, espérant secrètement que les tirages au sort allaient faire le job pour moi. 

Fin janvier, les résultats tombent : je suis pris aux deux ! 

Après un temps de réflexion rapide, mon choix s’arrête sur la TDS pour deux raisons : 

1 – Ce nouveau système de points pour pouvoir postuler aux courses UTMB n’est pas simple (voire incompréhensible), autant y aller maintenant au risque de ne pas avoir de nouvelle chance plus tard. 

2 – La TDS représente quelque chose de particulier pour moi. Quand j’ai commencé à courir il y a 5 ans, et découvert 1 an après que des gens faisaient ça en montagne (et longtemps…),  c’est sur la TDS que je suis tombé par hasard en naviguant sur YouTube. Le coup de grâce (du cœur) ayant été donné en 2019 quand je suivais sur cette TDS nouvelle formule (rallongée) les surhommes Nico, Guillaume et Florian. 

Tellement inspirant. 

Let’s go to Cham ! 

La prepa se passe pas mal. Les entraînements s’enchaînent bien, le séjour trail pyrénéen au top et l’UTHG auraient pu être meilleur mais j’en retenais de nombreux points positifs. 

Avec ma compagne nous arrivons à Chamonix deux jours avant le départ. On m’avait prévenu, mais clairement, c’est la folie dans les rues. L’ambiance qui y règne est électrique. C’est tout simplement incroyable. Je suis tellement content de vivre cela. 

Le matin du départ, on se retrouve sous l’arche mytique avec Philippe pour prendre la photo de nos dossards et de nos visages enjoués. 

RDV est pris aux navettes le soir même à 21h. 

On est ensemble dans le bus, je commence à stresser un peu, je me concentre beaucoup et j’écoute le palmarès de Philippe passionnément. 

Arrivés dans le SAS de départ une bonne heure avant, l’ambiance est plutôt calme chez les 1800 coureurs, et moi je commence à bailler (heu…).

Le départ est donné à 00h00, il y a énormément de monde (coureurs/spectateurs), et moi j’ai les frissons. 

On se perd assez vite avec Philippe, pas grave, on se retrouvera dans deux jours ! Bonne course Roc !! 

Les ennuies commencent au bout d’1h30 de course où je commence à somnoler… et ce n’est qu’un debut. Les 35/38h de courses que je prévois vont être longues… 

Ces somnolances ne me quitteront pas pendant toute la nuit malgré 3 siestes de 20min. Je dors debout. 

Le jour se lève vite. Ca va mieux, je cours tranquillement vers Bourg Saint Maurice. Et go vers la méchante montée vers le fameux Passeur de Pralognan. 

Je refais une nouvelle sieste de 20min dans l’ascension car malheureusement je pique toujours du nez dans les montées. 

Cela fait déjà de nombreuses heures que je pense à l’abandon, le mental est mis à rude épreuve. 

Après des montées / descentes sur le même format (somnolences en montées / « fulgurances » en descente) je prends enfin ma decision : retrouver ma compagne à Beaufort (km95 – 5800+) et abandonner avant d’attaquer la seconde nuit. J’estime à cette instant précis où je prends la décision qu’il est trop dangereux de continuer. 

J’écris ces lignes 6 jours après cet echec et je suis toujours bouffé par le remord de ne pas avoir essayé. De ne pas avoir tenté de dormir quelques heures à Beaufort avant de repartir, même très doucement. 

Cette course me tenait à cœur, je pensais avoir dans mon sac à dos les leviers mentaux qui m’aideraient à la finir, mais cette énorme difficulté à  pris le dessus. 

J’avais pourtant les jambes, le cœur et l’envie. 

Je suis triste, déçu, frustré, mais je n’oublierai jamais cette course pour tenter d’en ressortir du positif et pourquoi pas y retourner un jour afin de la terminer. 

Un grand merci à tous les copains du club pour les messages de soutien avant, pendant et après la course. C’est quelque chose. 

Un énorme respect à tous ceux qui ont pris part à cette course (finishers ou pas, premier en 18h37 et surtout dernier en 44h34), et un big up à Philippe pour tout ce qu’il fait et fera encore ! 

L’aventure continue… 

Comme d’habitude sur les grosses courses, j’ai couru pour l’association « courir avec le cœur pour atteindre des sommets – Vaincre Parkinson ». 

3 Comments

  1. Philou

    Merci pour vos CR toujours un plaisir à lire, la TDS est une course exigeante à tout point point de vue. La fraîcheur est un atout !!
    Bravo à vous pour votre lucidité.
    Que la montagne est belle.
    Philou.

  2. Jean-Michel

    Je m’interroge toujours : est-ce de la course à pied ou bien d’abord une course contre le sommeil ? Félicitations à tous les deux de vous être accroché, mais pas trop pour ne pas vous mettre en péril.

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