Menu Fermer

CCC by UTMB 2026

Par Alice B.

Il y a deux ans, avec un petit groupe de traileurs de l’Asphalte, nous avions effectué le Tour du Mont-Blanc dans des conditions météorologiques exécrables. Pour cette CCC (Courmayeur-Champex-Chamonix), qui emprunte une grande partie de ce même tracé, l’histoire s’est malheureusement répétée. La météo a été sans pitié : brouillard et pluie toute la journée. Les fameux paysages grandioses sont restés totalement invisibles. Décidément !

Le départ a été donné à Courmayeur sous le déluge. Pendant que Jules s’élançait dans la vague 1, j’ai patienté 30 minutes de plus pour partir avec la vague 3. Dès les premiers kilomètres, d’importants bouchons se sont formés. J’ai donc fait la première montée à un rythme tranquille. Le terrain était déjà un vrai champ de boue, et le froid commençait à s’installer à cause de notre allure ralentie. Malgré ce début de course dantesque, physiquement, je me sentais très en forme. Avec 5 semaines passées en montagne cet été, les jambes répondaient bien.

En arrivant vers La Fouly, autour du 40ème kilomètre, les conditions se sont encore durcies : il a plu sans arrêt pendant 3 heures. Une forte pluie qui a fini par me tremper de la tête au pied malgré mon nouvel imperméable dernier cri. Avec les pieds constamment dans l’eau, ma peau fripée a commencé à me faire mal à chaque appui. C’est à ce moment-là que c’est devenu vraiment compliqué mentalement ; la question « pourquoi je m’inflige ça ?! » se posait de plus en plus. Pour couronner le tout, j’ai constaté que mon téléphone avait pris l’eau et ne fonctionnait plus : fini l’espoir d’écouter de la musique pour me motiver pendant la nuit difficile qui s’annonçait. 

Je suis arrivée au ravitaillement de Champex-Lac après 10h de course, en étant parfaitement dans mes temps estimés, mais dans ma tête, c’était terminé. Je n’avais plus aucun plaisir, je ne faisais que subir la météo, et j’étais intimement décidée à rendre mon dossard. 

Heureusement, ma sœur, Manon, m’attendait sur place. Nous avons passé plus d’une heure à peser le pour et le contre. Il faut dire qu’il faisait désormais nuit, que je n’en étais qu’à la moitié du parcours, et qu’il fallait repartir dans le froid pour affronter les mêmes difficultés. Mais puisque physiquement tout allait bien, Manon m’a poussée à repartir.

Dès que j’ai quitté le ravitaillement, j’ai eu un déclic. J’étais en forme, il ne pleuvait plus, j’étais de retour dans la course.

Il fallait bien cette énergie nouvelle, car à cause de la météo, le parcours avait été rallongé et dévié vers Martigny, ajoutant de la distance (108 km au total) et du dénivelé. La descente s’est avérée très longue, tout comme la montée suivante. J’ai mis presque 5 heures pour relier Champex à Trient. Mais je continuais à avancer et à doubler du monde.

À Trient, j’ai retrouvé ma sœur et son copain Erik, qui m’ont prêté un téléphone pour que je puisse écouter de la musique. La confiance était définitivement revenue. Le rythme restait régulier, et je n’ai connu aucun vrai coup de mou pendant toute la nuit.

À Vallorcine, Manon et Erik étaient de nouveau là. Les voir après une nuit entière passée à m’attendre m’a donné un dernier élan. J’apprends également que Jules a terminé la course en faisant un super temps, génial !

Les derniers kilomètres se sont enchaînés jusqu’à la délivrance : l’arrivée à Chamonix à 9h du matin. Franchir cette arche sous les applaudissements du public est une sensation qui efface instantanément la boue, la pluie et les larmes. La fierté d’être allée au bout prend le dessus sur tout le reste. Heureusement que je n’ai pas abandonné à Champex !

Un grand merci à Manon et Erik. Sans ce soutien pour me remotiver à Champex et aux ravitaillements pendant la nuit, je n’aurais probablement pas vu Chamonix. Cette réussite, c’est aussi un peu la leur ! 


Par Jules V.

En 2021, je débutais ma première saison de course à pied, qui culminait l’été suivant à Chamonix, lors du Marathon du Mont Blanc.

Presque cinq ans jour pour jour après avoir enfilé sérieusement mes baskets, il était enfin temps de se mesurer à la course qui capturait mon imagination depuis si longtemps, autour du Mont Blanc, encore lui. Sur ce temps très court, le trail a changé de dimension : il focalise désormais toutes les attentions, en particulier lors de la semaine de l’UTMB.

Nombreux sont ceux qui dénoncent l’aspect mercantile du village UTMB ou du système de Running Stones qui permet de décrocher sa participation. A ce titre, Alice et moi avons eu de la chance, en étant tirés au sort après avoir participé à une seule course du circuit qualificatif, à Verbier.

Et pourtant, il faut dire que lorsque nous avons épinglé le dossard de la CCC et que le départ a été donné dans les rues de Courmayeur sous des trombes d’eau, la magie a opéré. 

Par plein de petites touches successives : la vision de ces athlètes qui viennent du bout du monde pour se mesurer aux meilleurs ou défier le massif du Mont Blanc, le plaisir de l’effort physique dans la première montée, le soutien des bénévoles chaleureux et des supporters déchaînés, la nature grandiose qui nous entoure, l’orage qui gronde là haut et l’absurdité de l’effort qui nous attend.

Une fois lancés, on oublie tout le reste et la course commence !

Autant le dire tout de suite, j’ai eu beaucoup de chance : tout s’est déroulé parfaitement. Après une montée cataclysmique a la Tête de la Tronche (tempête de grêle), je me suis retrouvé dans l’œil du cyclone, peu impacté par les intempéries. Bien rodé par une préparation réussie (merci Axel, Paol & les traileurs de Belledonne !), avançant a un rythme soutenu mais prudent, j’ai enchaîné les pointages intermédiaires en avance sur mon plan de course. A Champex (km53), je retrouve mon petit frère Alban, qui assure mon assistance de manière experte et conforte mon moral au beau fixe.

On ne tarde pas à basculer dans la nuit, et je réalise que pour la première fois sur un ultra, en dépit de la baisse de régime qui s’installe, je suis a 100% dans le plaisir et les émotions positives. Seule ombre au tableau, Alice, touchée mentalement, qui marque le pas à Champex au même moment.

La fin de course s’étire dans le silence, interminable, sous une pleine lune magnifique. Heureuse aussi, car mes lampes frontales commencent à faiblir dans les 10 derniers kilomètres. Je débouche enfin sur Chamonix, et rallie l’arrivée vers 4h du matin, après 19h de course. Un peu comme dans un rêve.

PS : Un grand merci à tous ceux qui nous ont suivi et encouragé, vous n’imaginez même pas à quel point c’est apprécié ! 

1 Comment

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *