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Crosne

L’épidémie d’annulations (pour les raisons qu’on connait) des courses Val-de-Marnaises incite à l’expatriation. Un récent article de notre doyen nous invitait à sortir nos runnings pour explorer une contrée lointaine au nom bien curieux : Crosne.

              Crosne ? Connais pas, jamais couru ?

              Comment ça pas vrai ? Bon ok peut-être une ou deux fois il y a longtemps

              Quoi ? Chaque année ? Ah ça s’est vu alors ?

Car pour ceux qui ne le sauraient pas, il est inutile de me chercher au Tremblay le 3ème dimanche d’octobre. Depuis 1998 je suis chaque année (à 3 exceptions près pour cause de marathon ou blessure) sur la ligne de départ du 17,89 km de Crosne (ou du 10 km selon la forme du jour). C’est un peu la première date que je coche sur mon calendrier de compétitions en début d’année.

17,89 km : une distance unique en France même si certainement pas tout à fait exacte. Peu importe la distance réelle en fait. Crosne se court aux sensations et surtout pas au chrono. D’ailleurs c’est impossible d’y surveiller ses temps de passage, notamment sur la deuxième moitié de la boucle  particulièrement accidentée.

En temps normal je fais relâche la semaine précédant la course de l’année. Mais cette année j’ai eu le droit à J-7 à un traitement de faveur de la part de Coach Philippe. Je ne lui en tiens pas rigueur bien au contraire, tant j’ai besoin de me bouger pour retrouver le rythme. Déraison ou gourmandise j’en ai remis une petite couche en cours de semaine.

En me présentant sur la ligne de départ je me demande si la prudence n’aurait pas été de me contenter du 10 km. Une des particularités de la course est de faire partir les deux distances en même temps. Et comme ça tasse souvent au premier virage, situé 600 mètres après le départ, on est souvent tenté de partir un peu trop vite sur le 17,89 km.

Après le premier kilomètre et un court passage pas très sexy dans une zone industrielle, le parcours gagne les chemins forestiers du bois de la Grange. La première ligne droite est plutôt roulante même si certains endroits n’assurent pas une totale stabilité. Le peloton s’étire doucement et certains commencent à guetter le dossard du voisin pour s’avoir s’il partagera la même route ou s’il s’arrêtera au terme de la première boucle. La clémence des cieux les jours précédents la course offre un terrain sec et stable qui permet de dérouler. Ça n’a pas toujours été le cas. Certaines années le passage en forêt est un avant-goût des cross hivernaux. La fin du passage en forêt est plus technique et plus cassant avec une butte qui coupe bien les jambes et l’allure. La sortie du bois en faux plat descendant permet de récupérer et de relancer.

Pas de temps pour la nostalgie en passant à côté du stade de foot où gamin je passais mes dimanches après-midi (y compris le 3ème du mois d’octobre J). Il faut essayer de raccrocher le wagon de ceux qui sont en train de filer devant. C’est là que je commence à me rappeler pourquoi d’habitude je lève le pied les jours précédant la course.

Nouveau passage sur la ligne de départ et au bout de la ligne droite on bascule vers la descente. Si la première partie est relativement douce, la suite devient plus raide et mérite d’être maîtrisée pour pouvoir prendre les virages en toute sérénité. Tout en essayant de garder le contrôle chacun essaie d’envoyer pour gratter un peu de temps en prévision de ce qu’il va perdre par la suite. Car pas la peine d’attendre trop longtemps pour attaquer le morceau de choix. Le message « Ici commence l’enfer » peint sur les premiers lacets du Goudard à Marvejols Mende a inspiré un « Bon courage » qui accueille chaque année les coureurs au début des réjouissances.  L’ascension vers le plateau se fait en 3 montées successives qui vont crescendo en difficulté. La dernière portion dans la bien nommée rue Remonteru est annoncée à 15% sur la signalisation routière. Je n’ai jamais fouillé les archives pour savoir ce qui avait bien pu inspirer celui qui avait baptisé cette rue. Avait-il deviné qu’à la fin du 20ème siècle on inventerait une course qui emprunterait à deux reprises cette rue et qu’il faudrait y pousser les coureurs en leur martelant « Allez remontes la rue » ?

Arrivé en haut de l’ascension on peut enfin relever le nez de ses chaussures. Mais la montée a cassé les cuisses et il faut plusieurs centaines de mètres pour retrouver une foulée plus structurée alors qu’on approche de la fin de la première boucle. Mais oh pourquoi il me lance le sprint, lui ? « Et oh, on n’a pas fini, il reste un tour là ! Ah non pas pour toi… Bon bah je vais continuer tout seul alors ». Enfin pas longtemps car le deuxième passage en forêt approchant, j’entends une foulée se rapprochant derrière moi et me déposant gentiment. Puis une autre. Puis une troisième. Euh il y en beaucoup qui vont m’enrhumer comme ça ? J’arrive à garder le suivant à portée. La sortie de la forêt est un soulagement tant j’y ai payé la première montée. Je profite de la chaussée stable en sortie de forêt pour me refaire un peu la cerise.

2ème descente on essaie d’envoyer à nouveau mais les muscles sont déjà bien cassés et puis on a en tête qu’il va falloir remonter la rue Remonteru. C’est juste avant d’attaquer la montée que j’aperçois devant moi le maillot blanc et violet de Papy Koch. Je lui glisse un encouragement en le passant. Je regarde déjà le bout de mes chaussures. Rapidement mon dernier compagnon de route explose complètement. J’arrive pour ma part à garder un peu de cuisses pour me hisser sans trop coincer en haut de la côte. Mais impossible d’aller chercher les 3 coureurs devant. Le terrain souple de la ligne d’arrivée est le bienvenu pour atténuer la casse musculaire. On est content d’en finir (mais on reviendra quand même l’année prochaine J)

 

L’Asphalte a brillé à Crosne, 1er en 57’44’’, 490 arrivants dont :

Nicolas Kwong Cheong

31ème, 11ème MH1

En 1h10’52’’

Aneth Landais

185ème, 1ère VF2

En 1h24’24’’

Sur 10km, 1er en 31’24’’, 467 arrivants

Pierre Koch

447ème, 1er MH5

En 1h17’41’’

 

 

 

 

L’Asphalte a brillé à Crosne :

              Papy Koch 1er V5H sur le 10 km

              Aneth n’est pas venue pour rien, 1ère V2F sur le 17,89 km et gagnante d’un voyage aux Canaries à la tombola

              Sans oublier David Lecoq ancien asphaltien, présent presqu’aussi souvent que moi à Crosne, qui termine 3ème V1H sur le 10 km

5 Comments

  1. Michel

    super ton article Nicolas, on s’y croirait. j’ai mal aux cuisses rien qu’en te lisant, mais bizarrement en lisant entre tes lignes, j’ai comme perçu un message subliminal, pour nous encourager nous autres asphlatiens à venir remonter l’année prochaine cette fameuse rue, comment s’appelle-t-elle déjà ? ah oui Remonteru ?
    Chiche, on y va l’année prochaine. Mais au fait c’est où Crosne ?

  2. HELLENIS Roger

    Voilà un récit comme je les aime. C’est du vécu! Il fait partager à tout coureur la réalité de l’instant dans la course. J’ai eu l’impression de courir, chacun à son niveau et, …il y a bien longtemps, avec les mêmes calculs, les mêmes relances, les mêmes défaillances, les mêmes reprises de souffle! Ton style fait corps avec ta course. Bravo
    Mais dommage pour le relais nature…
    Roger

  3. Nico KC

    Un certain Daniel C. (mais lequel ? Ils sont 2 au club) a déjà mis une option pour l’année prochaine. Mais je sens qu’il aimerait tout de même du soutien pour l’accompagner dans la montée de la rue Remonteru. En plus ça jouxte nos terres du 94 (à côté de Villeneuve Saint Georges).

  4. Daniel

    Nico j’ai vérifié grâce à ‘Gogole Earth’ ! La rue Remonteru grimpe à peine à 13% ! Je ne sais pas si ça vaut le coup de se déranger pour si peu !

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